Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

Critique de Gone girl

Où est Amy ? Disparue, le ­matin de son cinquième anniversaire de mariage. Au domi­cile conjugal, impeccable maison suburbaine, tout est calme, en ordre. Tout, sauf le salon, table basse ren­versée, chaos de verre brisé. Les jours passent. Le mystère arrache la petite communauté locale du Missouri à son ennui mortel, puis gagne le pays entier, contamine les journaux, la télé... Où est Amy ? La question mute peu à peu comme une cellule cancéreuse, sous l'effet de la fausse compassion, du voyeurisme. La si jolie, si blonde épouse était-elle heureuse ? Et surtout, de quel bois, vert ou pourri, se chauffait son couple ? Nick, le mari, est toujours à côté de la plaque, incapable de jouer pour les caméras son rôle d'homme brisé par l'angoisse. On lui en attribue vite un autre : suspect idéal.

En adaptant Les Apparences, le polar de Gillian Flynn, David Fincher excelle dans l'un de ses hobbies préférés : s'approprier des récits clés en main (de Millénium, d'après Stieg Larsson, à la série politique House of cards, remake de la version britannique), avec un diabolique talent de conteur, une science exacte de la manipulation des images. Pas de sous-sols glauques où déverser sa rage, comme dans Fight Club. Pas de suintante descente aux enfers, comme dans Seven. Dans Gone Girl, l'horreur est bien là, mais elle se cache sous une ligne claire, dans la fluide succession de plans larges, d'une élégance soyeuse. Comme dans Zodiac, il adopte le temps et l'ampleur de la fresque (deux heures et demie) pour peindre l'un des plus excitants trompe-l'oeil de ces dernières années. La mécanique du thriller est parfaitement huilée, pleine d'ingénieux tiroirs secrets. Mais le jeu des « apparences » se poursuit bien au-delà du simple divertissement policier, au bord de la schizophrénie. Tout se dédouble et se contredit. La disparue elle-même possède un encombrant alter ego de fiction, « l'épatante Amy », célèbre héroïne d'une ­saga écrite par ses parents. Le film entier est une incursion au pays du toc et des identités mouvantes, incertaines, où la réalité abdique devant sa représentation. Rien n'échappe à cet examen jouissif et glacé.


En savoir plus sur http://www.telerama.fr/cinema/films/gone-girl,490303.php#GVfvhdsfDiqTvX9O.99

Voir les commentaires

Partager cette page

Repost 0
Published by Miartist